Compartiment pour poils

•17/10/2012 • 2 commentaires

J’ai passé un bon moment avec cet ouvrage. Si vous aimez la culture indienne (culinaire en particulier), vous allez vous régaler ! Pour l’heure, voici quelques extraits qui m’ont marqués rapport à la pilosité féminine et sa symbolique :

« Une semaine plus tard, vers minuit, Ebe me réveilla par des caresses. « Qu’est-ce que tu fais ? murmurai-je sans mon sommeil.

– Rien, je veux juste te toucher ». Sa voix avait un timbre étrange.

Ses doigts palpaient et exploraient. « Ma petite fille ! roucoula-t-il. Ma fillette chérie ! »

Je pris peur. Qu’arrivait-il à Ebe ? « Ebe, Ebe ! dis-je en chuchotant, sans pouvoir cacher la panique dans ma voix.

– J’adore quand tu m’appelles « Ebe, Ebe », comme tu viens de le faire. Comme une petite fille. Je t’aime comme cela, murmura Ebe. Si pure et propre. Ma petite chérie, mon adorable petite fille. Sans gros seins qui pendent ni cette horrible toison qu’ont les femmes. Je ne veux pas que tu changes. Je veux que tu restes ainsi toute ta vie.

Et moi, où étais-je dans tout ça ? Margaret Shanti, la femme. Aux yeux d’Ebenezer, avais-je cessé d’exister ? Que voyait-il en moi ? Une petite fille qu’il pouvait diriger et modeler à la guise ? Qu’il pouvait dominer et puis à laquelle il ferait l’amour ? Il semblait avoir nié tout ce qui en moi était adulte et féminin… »

Plus loin, nous pouvons découvrir à quel genre de jeu ce principal d’un établissement scolaire s’adonne :

« Ebe était rusé. Il choisissait les livres avec grand soin et sévissait en alternance sur les trois bibliothèques dont il était membre. De façon à ce que personne ne puisse faire remonter à lui les dégradations qu’il faisait subir aux livres. Et puis, qui irait le soupçonner de telles obscénités ? En effet, Ebe, avec une méticulosité parfaite, dessinait des organes génitaux : des pénis, des testicules, des anus, des vagins qui portaient sa signature, à savoir les poils pubiens. […] »

Quand on apprend que Margaret tente de se venger de tout ce que lui a fait subir son mari, on peut lire d’emblée ceci :

« Mais cette nuit-là, une fois Ebe endormi, je me tournai vers lui et fis courir ma langue le long de son cou. Je laissai mes doigts fouiller et tirer les poils de sa poitrine. Tout doucement, comme une petite fille… je l’aguichai comme je savais le faire. Sans avoir l’air d’y toucher. Avec des baisers de papillon et des caresses audacieuses. Avec la bouche en coeur et la peau rasée. Avec une détermination inébranlable et des cuisses ouvertes ».

Encore plus loin :

« Je tombai enceinte pour la deuxième fois et donnai naissance à une fille. J’observai ses traits fins et ciselés, ses longs doigts minces qui ressemblaient à ceux d’Ebe. Puis je vis l’innocence nue de son pubis et sentis une vaste ombre noire nous menacer. Je me souvins de la nuit où Ebe m’avait réveillée avec ses attouchements […] […] Mon bébé était pur et innocent. Exactement ce que mon mari aimait chez les femmes ».

Plus tard elle décrit plus précisément encore sa stratégie : le rendre inoffensif et le gavant de nourriture. Ainsi Ebe devient débonnaire et tranquille, un pépère facilement épuisé (bon, je n’ai pas été convaincue, forcément).

Compartiment pour dames, Anita Nair.

Viols

•13/10/2012 • 3 commentaires

Le verdict est tombé et révolte les féministes (et moins sincèrement certains nationalistes à clichés qui se saisissent de la moindre occasion de ce type pour mettre leurs idées en valeur, mais passons).

A juste titre selon moi.

J’aimerais toutefois rappeler que, d’une manière générale, le procédé qui consiste à envoyer des fautifs/ves en prison tend à me gêner quelque peu. La prison, ça n’est pas la garantie d’une punition, mais d’une humiliation. Personnellement je ne pense pas qu’il y ait à se réjouir de savoir que les personnes condamnées à je ne sais quel-e fait-s vont subir des humiliations pendant un temps plus ou moins long, et si le fait de l’imaginer à distance aide grand monde au final. En fait il faudrait repenser cette manière de voir mais aussi de faire, de vouloir créer un certain type de vengeance, selon certains procédés.

Après il y a aussi le fait de savoir qu’une personne est incarcérée, enfermée, hors d’atteinte. D’un point de vue féministe, et quand on sait à quel point nombre d’hommes se sentent les rois dans l’espace public à toute heure de la journée ou même de la nuit, prenant tout l’espace physique et sonore qui leur est permis, bouffant la tranquillité des personnes qui sont sous leur joug, créant des angoisses et des peurs régulières, cela peut rassurer. Ce sont les femmes qu’on enferme, plus ou moins subtilement, le plus souvent.

D’ailleurs c’est bien parce que très jeune j’ai voulu prendre mes libertés que j’ai été violée aussi. Enfin… violée de cette façon là. Car si j’avais accepté les règles édictées par cette chère bonne loi patriarcale, j’aurais eu la pression pour écarter les jambes pour mon chéri en échange d’un chaperonnage quasi permanent et ç’aurait été tout autre chose. Enfin en surface, au final. Or je crois que dix, vingt ans, même, avant d’avoir analysé tout ça je ressentais comme un malaise avec toutes ces données là, celles dont on ne parle jamais mais qu’il faut deviner, et suivre aveuglement, en criant parfois même au libre choix, comme pour mieux s’en convaincre.

Avec le recul, célibataire ou en couple (il n’y a que deux cases), j’étais donc perçue comme une proie potentielle. A cause de mon comportement, ça c’est certain. Mon comportement qui détonnait dans cette ville moyenne de province où les ragots vont souvent bon train (on peut faire des milliers de choses par ennui mais médire est une chose aisée et rapproche parfois les gens, même si tout cela reste bien superficiel et illusoire (je l’ai expérimenté aussi pour d’autres thèmes, comme à peu près tout le monde, j’imagine)).

Avoir un seul petit copain à la fois m’ennuyait. Je pense que sans me le verbaliser vraiment je trouvais ça artificiel et sans raison d’être. Un peu comme si je me contentais d’aller seulement jusqu’à Amiens pour me balader et jamais au grand jamais ailleurs alors que des tas d’autres villes peuvent valoir la peine d’être vues et connues, même si on trouve particulièrement attachant ce chef-lieu de la Somme.

La plupart des gens, même ceux qui aiment souvent revenir au même endroit pour les vacances, seraient d’accord avec ma démonstration par les villes, mais pour les relations qui mêlent sexualité et affectivité, cela bloque toujours pas mal. Bref, pour vous dire que je n’ai jamais compris ou envisagé le monogamie sur le long terme et qu’aller tous les jours à Amiens ne me suffisait plus, je voulais autre chose. Même du Hénin-Beaumont ou du Charleroi, oui.

Alors je ne sais pas quelle est la réputation des gens qui visitent plusieurs villes dans le même mois mais la mienne, je la connaissais bien, et j’avais décidé de passer outre.

Mais passons ces comparaisons de mauvais goût et revenons à ce dont je voulais vous parler ici. Lors de cette affaire, j’ai découvert qu’il se trouvait encore des individu-e-s pour s’étonner qu’une personne hésite à porter plainte. Ben voyons : cela semble tellement évident de se rendre au commissariat et de dénoncer ses agresseurs ! Or là, des femmes ont eu un courage incroyable pour dénoncer une atrocité plus qu’évidente et ça n’a rien donné. Et de ce que j’ai compris, l’une d’entre elle habite encore dans le même quartier que la plupart de ses agresseurs.

Je le répète, le système carcéral me pose problème mais symboliquement on leur a fait entendre que leurs souffrances n’étaient que du vent, et que les violeurs pouvaient continuer à s’en donner à coeur joie.

Ceux-là et bien d’autres, en somme.

Violeurs, vous qui n’aviez rien à perdre continuez donc, vous avez l’aval de la société entière.

Une société cynique, misogyne et pro-viol. Mais qui a le culot de s’autoproclamer juste, libre, démocratique, progressiste et tout le tintouin.

Voilà sans doute pourquoi moi je n’ai pas eu ce courage là.

Parce que je n’y croyais pas déjà. Que même si j’avais été crue et entendue, je ne vois pas ce que ça m’aurait fait de savoir ces types en prison. Moi, tant que le Patriarcat court encore et que d’autres sont prêts à prendre le relais je ne suis pas tranquille. Mais j’en demande sans doute beaucoup trop puisque les hommes, on ne peut pas les changer, et que c’est à moi de prendre les mesures nécessaires pour m’épargner (« C’est qu’elle voudrait exterminer tous les hommes de la terre cette vilaine misandre ! », crieraient en choeur les misos et certaines femmes collabos…). Enfin disons qu’à l’époque et vus les choix qui m’étaient impartis j’avais surtout peur que ça fasse des histoires. De circuler encore moins librement dans ma ville, punition suprême pour moi qui ai toujours été habituée à prendre un peu plus de libertés que d’autres rapport à mes mouvements itou.

Mais à supposer plus d’empathie et des sanctions différentes, jamais, absolument jamais ne n’aurais été encouragée dans ce sens.

Parce qu’on m’a toujours fait comprendre que c’était de ma faute au final. Oui, je les connaissais qui plus est, et après tout je m’étais plutôt laissée faire qu’autre chose, ils n’ont pas été violents (normal aussi, puisque je n’ai pas été réticente, preuve que « j’aimais ça » à toute heure du jour et de la nuit). L’un d’entre eux était un amant régulier, je l’avais choisi aussi, d’ailleurs je l’ai revu après à plusieurs reprises.

Mes désirs érotiques s’étaient mêlés aux dures réalités patriarcales, en somme. Celles qui vous disent qu’une femme doit savoir se tenir, ne pas trop en faire, rester dans le rang (à bien y réfléchir je ne suis pas certaine que tout aille pour le mieux quand on reste dans le rang. Mais ce qui est plus sûr, c’est qu’une fois qu’on en sort, on est presque certaines de se sentir rattrapées d’une manière ou d’une autre. Une fois de plus, c’est pile tu perds, face tu gagnes pas. Ceci dit j’ai dû trouver plus intéressant de sortir du moule patriarcal quoi qu’il en soit, à mes risques et périls, comme on dit).

Et de toute façon je n’avais personne à qui en parler. Mes parents, sans tout deviner pour autant, m’avaient fait comprendre eux aussi qu’il ne fallait pas chercher les embrouilles en adoptant un comportement plus conforme, dirons-nous. Et quand bien même ils auraient été touchés il aurait fallu que je modifie un peu mon récit, que je sois dans le rôle de la pôôôvre victime salie qui a déshonoré le clan, et qui se répand dans les larmes. Or oui, j’ai été victime, c’est indéniable, mais je n’ai pas eu honte, et je ne me suis jamais sentie salie, pas même au point de prendre une douche juste en rentrant. Je n’ai pas pleuré sur le coup, j’ai accueilli froidement la fatalité, sans me débattre, rien. Ni douleur ni plaisir, en somme. Juste que je ne voulais pas, à la base. Et qu’ils s’en fichaient.

Quant aux camarades ou copines que je fréquentais à l’époque, elles étaient tellement en dehors de tout cela que j’aurais eu peur de les gêner en leur racontant ces histoires qui étaient à milles lieues de leur quotidien. L’une d’entre elles m’aurait d’ailleurs condamnée aussi, vu ce qu’elle pouvait dire des « filles faciles » et tutti quanti. De toute façon, tous les sujets polémiques étaient soigneusement évités et à force, j’avais perdu le goût de les évoquer.

Il y avait, enfin, il y a toujours d’emblée un énorme tabou autour de tout ça. Sans même parler du fait qu’il faudrait désacraliser ces histoires de viol et savoir pointer du doigt les coupables (ce qui nécessite une brisure de la « solidarité masculine » et des tas d’autres choses dans ce genre, vaste chantier), il y a une urgence à la solidarisation et au parler vrai. Or on place les femmes dans une telle solitude qu’il n’y a jamais grand chose à faire au final. Du moins pour le moment.

Enfin quand j’y pense là, pour le coup, il y a quand même un énorme paradoxe, au fond :

On ne veut surtout pas que les femmes s’affichent et circulent seules sinon pour se rendre le plus rapidement possible d’un point A à un point B et ce avec un paquet de raisons valables derrière (courses, boulot, visite à mère-grand ou à l’officiel, cours de piano ou de scrapbooking)… mais au final elles sont plongées dans une solitude énorme dès lors qu’un fait similaire se produit (et pas seulement d’ailleurs !).

On attend d’elles certains gestes, certaines paroles, un certain comportement, point.

Et la plupart du temps sous tutelle.

Alors vu qu’avec tout ça il est difficile de confier un viol à ce que notre société qualifie comme proches comment faire pour prendre son courage à deux mains et le délivrer à des inconnu-e-s qui vont sans doute nous impressionner de par leur posture, leur assurance, surtout si on est seules avec notre récit qui a du mal à passer ?

Ces inconnu-e-s qui n’ont généralement aucune conscience féministe, qui ont souvent été élevé-e-s dans l’idées que lafâme c’est quand même quelque part une vile tentatrice, et même qu’elle provoque avec des vêtements sexy, qu’elle se plaît à allumer puis parfois même à mentir par vengeance ?!

Or si ça peut arriver c’est loin d’être automatique et on ne devrait pas partir de ce principe là. D’ailleurs ça n’est même pas un principe, mais une aberration que d’avoir cela en tête. Enfin, je ne suis pas de la Police, ni psy ni rien du tout d’officiel ou non, mais je pense qu’une personne qui relate un tel fait doit de prime abord être encouragée à aller plus loin. On ne doit pas mettre ses paroles en doute. On se pose, on se remet en question, puis on réfléchit et on étudie le dossier. Pas à la lumière patriarcale, si possible. Et on n’oublie pas qu’en règle générale la plupart des femmes n’ont pas grand chose à faire pour subir un viol, un viol, c’est une domination, une tentative de destruction et d’humiliation exercée sur l’autre, et la sexualité n’en est qu’un moyen.

Quand j’ai été violée je n’ai pas senti un désir impérieux en particulier pendant l’acte. Je passe outre l’aspect vestimentaire car je déteste avoir à me justifier là-dessus (avez-vous remarqué de quelle façon on revient toujours sur la tenue des femmes ? Tant et si bien que ces dernières, dès lors qu’il leur arrive quelque chose, s’empressent le plus souvent de se disculper en précisant bien qu’elles étaient vêtues très simplement voire de manière « absolument pas sexy houlala »)… Je pense que parfois, il y a une volonté bien précise de nuire à une personne en particulier en la violant directement ou indirectement (je rappelle qu’on viole aussi des grand-mères, des bébés (garçons ou filles), des animaux, on peut se servir aussi de ces dernier-e-s pour salir ses propriétaires, qu’on a plus de mal à atteindre par exemple), mais parfois c’est juste comme ça, dans le cas que j’ai pu vivre pour faire le coq devant les copains, parce qu’une femme ça ne sert qu’à ça. A se défouler. C’est lol. A montrer qu’on sait y faire. Peut-être même que quand il y a plusieurs protagonistes ça les rapproche d’une certaine manière, un peu comme avec les ragots que j’ai évoqués rapidement tout à l’heure.

Ça créé une proximité, quoi.

Je ne porterais pas plus plainte aujourd’hui que lorsque ça m’est arrivé. On pourra me dire que c’est encore de ma faute et que pendant ce temps là ils peuvent violer d’autres femmes en toute liberté (enfin bon, même en prison ils auraient pu continuer à violer, de toute façon, si on y va comme ça).

Parce que oui, même après coup, on nous culpabilise. J’ai raconté mon viol à la plupart des amants et amis que j’ai pu avoir par la suite et l’un d’eux m’a dit : « De toute façon t’as le feu au cul ». Un autre m’a dit, sans doute gêné, après un long silence : « Menteuse ».

Peut-être que je le raconte mal aussi, un peu froidement, que je devrais y mettre les larmes et me sentir plus traumatisée que ça selon certains codes attendus. C’est vrai que je je vais un peu trop bien pour une femme qui a connu un viol donc ça ne doit pas être bien grave.

Or là n’est pas la question. Et de toute façon je ne veux pas de pitié non plus, je n’en ai pas besoin. Juste me faire entendre mais surtout parce que mon témoignage peut servir sociétalement parlant. Et qu’on se rappelle bien de quelle manière les viols peuvent exister et revêtir diverses formes, de quelle manière le terrain est préparé pour qu’il soit courant et accepté comme ça l’est souvent au fond malgré les simulacres.

J’ai peur aussi de certains clichés. Qu’on se dise : « Ah, si elle a développé des maladies chroniques par la suite, ça vient forcément de là ! » ou encore : « Ah, si elle refuse la vie de couple c’est qu’elle a eu ces tours là, elle n’a pas eu de chance ! »

Or j’avais et ressentais tout cela bien avant, et j’estime que je n’ai ni plus ni moins de chance que n’importe qui, la plupart des filles qui ont voulu goûter à un certain type de liberté peuvent facilement connaître ce genre de chose.

D’ailleurs la plupart des femmes connaissent des agressions sexuelles à un moment de leur vie, ils faut qu’ils soient nommés comme telles, il ne faut pas en avoir honte.

Et quasiment toutes, à mon avis, se sont au moins une fois « forcées un peu » pour faire plaisir à Monsieur (Monsieur Lebon ou un autre, qu’importe). C’est aussi ce qu’on attend de nous : Conciliance, apaisement des esprits belliqueux (Amen).

Or en résumant grossièrement, mais sûrement, si les femmes la ramènent trop à ce propos, elles risquent à terme la mise au ban. Et tout ce qui va avec. Une plus cinglante démonstration d’un système injuste et qui en veut aux femmes et aux dominé-e-s, en somme (sans trop qu’on sache pourquoi au fond).

Normal oserais-je dire : tout est préparé pour. Ceci dit il y a vraiment urgence, il faut s’y mettre et dénoncer tous types de viols, et pas seulement au Proches ou à la Police. Il faut exprimer sans cesse ce qu’on ressent quand on a été forcé-e. Même si on n’a pas dit non assez fort ou qu’on avait une jupe.

Je pense aussi qu’il faut faire valser les emballages dorés des cadeaux empoisonnés…

« Les filles dans la mine »

•26/08/2012 • Laisser un commentaire

« Nombreuses sont les filles qui travaillèrent dans la mine. Les plus jolies étaient employées comme bonnes chez les directeurs et ingénieurs, certaines étaient employées à nettoyer les lampes de la lampisterie, les moins dociles étaient employées au charbon.

Le travail était pénible, il y avait la pression des hommes. On s’imagine, dans les endroits de faible lumière, ce qui pouvait se passer […] »

Josette Gomez (Cercle Généalogique de Côte d’Or), Le Criquet, Mars 2012.

Les grands défenseurs de lafâme

•25/06/2012 • Laisser un commentaire

Voici que depuis l’annonce de la proposition abolitionniste qu’on connaît, un déchaînement pour beaucoup masculin fait rage. Leur bravoure n’a pas son pareil et m’émeut, tout comme leur empathie de tous les instants. Car oui, contrairement à ce que nos cerveaux étriqués pourraient se mettre à penser, ces messieurs là les aiment toutes, les femmes. Mieux encore que ce terme que j’ai déjà jugé maintes fois comme étant vide de sens, ils veulent leur bien, leur protection, leur salubrité, leur gloire. Leur liberté, surtout. Liberté de se prostituer, pardon, de vendre leurs services (sexuels, certes, et alors ? bande de coincé-e-s) dans de belles maisons closes aseptisées où régnerait un bonheur sans partage, liberté de gagner énormément d’argent « plutôt que de trimer à l’usine », et puis il faut bien nourrir les enfants… parce qu’il n’y a pas de mal à accorder un peu de tendresse à un pauvre célibataire handicapé en mal de compagnie, n’est-il pas ?

A ce rappel de contrat librement consenti issu du meilleur des mondes ils ajoutent le fait suivant. Il y a des violeurs, certes, et ça, on n’y peut rien (ah, les hommes et leurs pulsions, les hormones qui grattent, les explosions testiculaires, les aguicheuses qui provoquent !). Ainsi afin d’éviter que de pauvres femmes subissent les assauts non rémunérés de ces derniers, n’est-il pas salutaire, vital, même, de conserver un système prostitutionnel digne de ce nom ? Proposer un contingent de femmes « qui aiment ça », et qui en outre seraient payées pour le faire (elle est pas belle, la vie ?) à ces pauvres petits porcinets demandeurs afin d’éviter à d’autres d’être entachées à jamais par une infâmie non préméditée, n’est-ce pas là quelque chose qui doit absolument perdurer, quoiqu’en disent ces imbéciles de sous-ministres mal baisées, ces pudibonds cathos intégristes, ces liberticides puants qui veulent du mal à lafâme, à sa sécurité, à son honneur ou à son gagne-pain ?

Après tout, n’est-ce pas là le « plus vieux métier du monde » ? Si ce fait est avéré, c’est bien la preuve que tout fonctionne à merveille ainsi !

« Ce sont les réseaux qu’il faut démanteler ! » Hurlent également en choeur ceux qui les cautionne sans doute régulièrement et qui n’ont jamais rien fait pour que tout cela cesse…

Pantins

•25/06/2012 • Laisser un commentaire

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« Le présent des femmes » (Claude Maillard)

•20/06/2012 • Un commentaire

Extraits choisis parmi les témoignages d’une trentaine de femmes :

« Tes parents, les gens autour de toi, te présentent un miroir et ils te disent : « Regarde à qui tu ressembles. Ceci, c’est toi. » Mais sur le miroir ils ont collé une photo. Et il faut que tu te coules dans ce modèle. Condition sine qua non pour être aimée. Car si encore ils mettaient devant toi un vrai miroir, tu pourrais retrouver ton image et leur dire : « Regardez dans le miroir la personne que vous décrivez ». On nous fait vivre vraiment dans une duplicité débile ».

« Tu ne peux pas vivre bien avec l’autre quand tu travailles, quand tu pars à sept heures du matin et que tu rentres vers dix-huit heures. Même si tu ne t’attardes pas en route, ça fait plus de onze heures par jour où tu es séparée de l’être cher, de tes amis, c’est épouvantable. Et puis, on fait un boulot si souvent idiot. De la tête on devient terne. Et surtout on est tellement fatigué qu’on ne se prépare plus à être avec l’autre ».

« Sans nul doute que dans cette société, où l’on n’est reconnu que par ce qu’on dit, ce qu’on fait, et non par ce qu’on est, il faut blinder ses tripes et monter autour de soi une muraille. Sûr aussi qu’on en crèvera tous de ne pas pouvoir être avec quelqu’un affectueusement, simplement, qu’on en crèvera de cette pénurie de tendresse, de ce manque de présence »

« Je sentais, mais c’est plus tard que je l’ai réalisé et formulé, que très souvent les aventures sont plutôt des batailles. Que ce soient les filles qui chassent les garçons ou les garçons qui mettent la main sur les filles, le résultat est le même. C’EST LA PRISE DE POUVOIR DE L’HOMME SUR LA FEMME ».

« A l’heure actuelle, on proclame : « Il faut un salaire ménager ». Mais n’est-ce pas les hommes qui poussent les femmes à ce genre de revendication ? Si nous l’acceptons, nous nous entendrons bientôt dire : « Vous êtes payées alors restez chez vous ». Sûr, en plus, que nous serons très maigrement rétribuées. Nous rejeter dans le monde ménager est une façon de nous asservir, comme l’État américain l’a fait et continue de le faire pour les indiens dans les réserves aux États-Unis en leur donnant libéralement quarante dollars par mois et par personne, juste de quoi ne pas les laisser mourir de faim, mais suffisamment pour engendrer chez eux le goût de la paresse et de l’ivrognerie et les empêcher d’être motivés à sortir de leur piège. Parmi les Indiens, certains sont devenus les exploiteurs de leurs frères en ayant acheté des magasins de liqueurs leur permettant de vendre aux autres l’alcool qui est interdit à l’intérieur de la réserve. Dès que les malheureux touchent leur quarante dollars, ils se précipitent hors des murs et vont s’enivrer. Ne craint-on pas qu’un phénomène analogue ne se passe chez les femmes ? Il ne s’agira pas d’alcool mais peut-être d’appareils ménagers. Et on peut redouter que certaines femmes, connaissant parfaitement les difficultés auxquelles les autres femmes se heurtent, ne se saisissent de ce filon et ne deviennent leurs exploiteuses en leur vendant, par exemple, de plus en plus de gadgets cuisine, en venant de plus en plus frapper à leur porte pour leur proposer, de femme à femme, d’acheter de plus en plus de choses. Et les autres risquent de ne pas voir qu’on les incite à participer de plus en plus à l’économie du mâle et de croire au contraire qu’elles sont intégrées dans le système social alors qu’elles y sont enterrées. Encore un moyen pour dissocier les femmes, sans compter qu’on va faire en sorte que le salaire ménager soit légèrement supérieur à l’argent qui reste à celles qui travaillent à l’extérieur une fois prélevé les impôts et le prix de la personne qui garde les enfants »

« La lucidité est très lourde à porter. Le fait qu’on ne se raconte pas d’histoire, qu’on n’en raconte pas non plus aux autres et qu’on ne veuille pas s’en entendre conter, rend la vie plus intéressante, mais aussi plus difficile. Comme il est rare de pouvoir faire confiance, il faut toujours rester sur la qui-vive. La vigilance coûte beaucoup d’énergie. Mais sans elle, point de salut pour les femmes ».

« Et puis, à un niveau inconscient, quand un homme sent qu’une femme dépend complètement de lui, sachant que pour mille motifs elle ne le quittera pas, il en profite. Il faudrait être un saint pour ne pas agir autrement. Tu sais très bien que, quand on est sûr de l’amour de quelqu’un, on commence à le négliger et à se négliger. C’est incroyable, mais il faut qu’on vive dans l’inquiétude pour que l’autre vous reconnaisse. Et que pour l’autre existe, il faut qu’il vous inquiète ».

« Ne crois pas que tu as le droit de penser à quelque chose qui se situe en dehors de la sphère qui t’a été attitrée de par ta position dans la société. Regarde-moi. En tant que femme mariée, je suis dans l’état d’épouse et de mère, alors là-dedans j’ai des tas de choix, je peux être bonne ou mauvaise épouse, bonne ou mauvaise mère et même, comme bonne mère, j’ai le choix entre telle ou telle chose pour tel ou tel enfant. Je ne peux pas dire que je n’exerce plus cette fonction de choix, mais je dois le faire sur des objets qui sont à l’intérieur d’une sphère définie une fois pour toutes par la société ».

« J’ai compris que moi et toutes les femmes nous devions tendre à avoir notre autonomie, notre réalité et que nous avions, non seulement à nous libérer extérieurement et économiquement, mais aussi intérieurement, c’est-à-dire au sein du couple et de la famille. Nous sommes beaucoup trop dépendantes. Et pour bien des femmes, l’homme est l’objet de culte qui donne sens à leur vie ».

« J’ai connu ce que c’est d’être enceinte. Je ne peux pas dire que ça m’a passionnée. Il y a des femmes qui veulent absolument un enfant, pensant qu’elles ne pourront jamais se réaliser autrement. C’EST LE PIÈGE TENDU PAR CETTE SOCIÉTÉ QUI NOUS FAIT CROIRE QU’EN DEHORS D’ÊTRE ÉPOUSE, MÈRE, PUIS GRAND-MÈRE, CAR LES FEMMES SONT PIÉGÉES DEUX FOIS, NOUS NE SOMMES RIEN. Il est inadmissible que nous n’ayons de présence reconnue par l’autre qu’en nous investissant de cette façon-là ».

« L’ACCOUCHEMENT N’EST PAS LA FIN MAIS LE DÉBUT D’UN TRÈS GROS TRAVAIL QUI S’ÉTALE SUR DES ANNÉES. C’est pourquoi ce n’est pas le fait biologique qui compte mais la décision prise à un moment donné par le couple ».

« Si nous travaillons à la maison, non seulement on passe du coq à l’âne, mais on a des responsabilités différentes et à des niveaux différents. A un moment donné, on aura à faire les courses le mieux possible en dépensant le moins possible. Simple mathématique au niveau de la dixième. Après, on aura à aider un enfant à faire ses devoirs et apprendre ses leçons. Après encore, on aura à préparer le dîner puis, quand arrivera le mari, on aura à écouter ses histoires de bureau et à être disponible. Et nous, pendant ce temps, que devenons-nous ? »

« Il est trop facile de dire : « C’est beau, les enfants », mais quand on est enfermée entre quatre murs et qu’on n’a personne à qui parler en dehors d’enfants en bas âge, qui n’ont aucune expression verbale et avec qui les échanges se situent au ras du sol biologique, la situation est loin d’être enviable. Elle est même périlleuse pour nous, car personne d’autre que nous ne court le danger de régresser intellectuellement ».

«  »Tant pis, me suis-je dit, faisons une croix sur les hommes. Il faut vivre, trouver une autre façon de vivre ». Mais laquelle ? Car rentrer chez moi le soir, allumer et voir qu’il n’y avait personne, me paniquait. J’avais l’impression d’un théâtre vide et d’être mon propre mime.

Tant pis, je ferais n’importe quoi. Et pourquoi pas le tour du monde ! Il ne sera pas dit que je crèverai parce qu’un type m’a lâchée, parce qu’il n’a rien compris de ce que je pouvais être et de ce qu’on pouvait faire ensemble.

Par orgueil, je ne voulais pas qu’on pense de moi : « C’est une femme divorcée », c’est-à-dire, pour les gens, une femme sans quelque chose.

J’ai ressenti alors le besoin de parler à des femmes. A celles qui se révoltaient et non aux autres qui m’auraient appris la résignation, à l’exemple de ma mère qui m’a toujours dit : « C’est la vie ». J’ai commencé à interroger des femmes. J’avais envie de savoir s’il y avait une possibilité quelconque de faire autre chose. Et je me suis demandé : « Si elles ne sont pas avec un type, comment vivent-elles ? »

« Toute jeune déjà, je ne voulais pas exister que par l’enfant. Et je contrais ouvertement le programme aliénant comportant les trois rubriques habituelles : le couple, les enfants, la famille et en dehors duquel les femmes n’ont pas le droit d’exister. Qu’une femme ne se marie pas et elle est traitée de vieille fille, c’est-à-dire qu’elle n’est plus une femme, plus une fille, mais rien. Il faut être deux. A la limite, c’est une obligation sociale ».

« De ne pas être appréciée par quelqu’un me donnait l’impression d’avoir une tare. Je ne le regrettais pas vraiment car j’avais une amie que j’aimais beaucoup et avec laquelle j’avais d’excellents contacts. Mais c’était ce que pensaient les autres qui me gênait ».

« Elles [les mères] ne se doutent pas qu’il arrive que leurs enfants soient parfois les victimes de leurs espoirs non vécus ».

« Mais n’est-on pas vraiment seul, même quand on est deux ou en famille ?

De ne plus être mariée, de ne pas être avec quelqu’un me permet, non seulement de prendre conscience de cette solitude, mais aussi de la vivre. J’ai l’impression qu’après je ne me ferai plus tellement de cinéma. Je me dirai : « Bon, si tu retrouves un gars, si tu refais un chemin pendant un certain temps avec un bonhomme, c’est très bien. Mais il y a un ou des moments où, même avec lui, tu seras toujours dans une solitude. Et lui aussi ».

« Quand je prends le métro, je vois des centaines de gens hâves et fatigués dans les couloirs. Je suis sûre que beaucoup en ont vraiment assez. Mais peuvent-ils aller voir en province ce qui se passe, chercher un endroit où vivre serait différent ? Ils n’en ont plus le temps. Et même pendant le week-end. Les enfants sont là. Il y a impossibilité pour eux de bouger, de sortir du trou qu’on leur a fait creuser. S’ils avaient le temps d’être seuls et de penser, peut-être utiliseraient-ils quinze jours de leur vie pour envisager autre chose que ce train-train ».

« C’est dans la solitude que tu réfléchis le mieux et que tu te structures. Après, tu peux envisager de vivre avec quelqu’un.

En ce moment, les femmes prennent conscience de ce qu’elles sont, de ce qu’elles valent, de ce qu’elles signifient, de la place qu’elles occupent et ont envie d’occuper par rapport aux hommes. Ce qui se traduit, pour moi, dans la vie quotidienne, par apprendre à dire non sans me sentir pour autant coupable.

L’autre jour, j’étais avec un copain. Il me faisait la cour et voulait qu’on sorte ensemble. J’ai refusé. Il a été surpris et il m’a demandé : « Tu es avec quelqu’un ? » Et voilà dans quel piège les femmes sont tombées jusqu’à présent. Au lieu de chercher à voir ce que signifiait ce « non » par rapport à nous et quel était son problème et le mien, il ne pouvait que penser : « Elle est avec un autre mec, elle n’est pas libre ». Et j’ai été incapable de lui dire : « Tu ne me plais pas » Pour m’en débarrasser, j’ai pris la solution la plus facile et j’ai répondu : « Oui, je suis avec quelqu’un », lui laissant toutes ses illusions.

La plupart des hommes ne se sont pas remis en question. Le problème de plaire ne se pose pas pour eux de la même façon que pour nous. Si un gars ne plaît pas à une fille, il pensera que la fille est occupée ailleurs. Il ne se dire jamais : « C’est parce que je suis pas beau ou parce que je suis un con ».

Je dis souvent : « Je suis seule ». Ce n’est pas que je sois seule mais je ne vis pas avec un homme. Quand je suis à la maison, de temps en temps le téléphone sonne et c’est quelqu’un de sympathique qui est au fil, me demandant : « Comment vas-tu ? » donc je ne suis pas seule. Mais on m’a mis cette étiquette et je l’ai intériorisée ».

« L’amour, c’est tout le contraire de vivre à deux dans le sens matériel. Je n’imagine pas que cela soit possible. Car vivre sous le même toit une vie de couple, c’est distribuer des rôles. Tu les choisis peut-être au début, enfin tu le crois, mais très vite, tu es enfermée dans un ou plusieurs rôles et l’autre aussi. Je veux tous les rôles, pour moi et pour l’être que j’aime et tous les rôles avec lui. Il est vrai que la plupart des hommes attendent de leur femme qu’elles soient des bonnes maîtresses de maison, un point c’est tout. Et apparemment, les exigences de leur côté sont assez claires. Et encore je pense que c’est quelque chose qui est de l’ordre de l’apparence et qu’un couple ne fonctionne pas simplement parce que les rôles sont bien remplis. Il ne suffit pas qu’une femme soit une bonne ménagère et que l’homme soit un type qui sache prendre ses responsabilités et ramener régulièrement de l’argent à la maison ».

« Rôle ou non, pourquoi devrait-on vivre sous le même toit que la personne qu’on aime ? Au fond, qu’est-ce que c’est que ces histoires ? Pourquoi poser le problème comme ça ? Partager la vie commune, faire la cuisine, la vaisselle, les courses, le ménage, ce qu’on appelle les corvées, avec l’être que tu aimes, c’est la fête à chaque instant, mais pas à longueur d’année.

On entend souvent des gens bien intentionnés vous dire : « Chacun doit faire des concessions. Il ne faut pas penser qu’à soi. Il ne faut pas être égoïste. Il faut respecter le conjoint ». Je dis : « Non » à toutes ces recommandations. Je ne veux pas faire de concessions à l’autre, ni que l’être que j’aime m’en fasse, surtout pas.

Encore, l’autre, ce n’est rien. Mais dès qu’il y a la famille, les problèmes se compliquent et la vie devient encore plus difficile. C’est la famille qui t’entrave, te brise l’échine. C’est elle l’exécutante de la société. La servile exécutante hypocrite qui, sous l’unique prétexte de préserver la vie privée des individus, te rend la vie impossible. C’est elle qui t’enfourne dans son moulin et qui te broie. Crac, crac, le moulin tourne. Il en sort quelques grains, un petit tas. Ça, c’est la famille.

Et la famille te met des chaînes. La société l’a très bien compris et c’est pourquoi elle racole pour le mariage. Je veux dire par mariage, vivre ensemble dans la même maison. Regarde les publicités sur les maisons, tu y verras la caricature du couple, de la famille. Vois les crédits qu’on alloue et à qui, et tu comprendras comment on nous tient.

Les gens s’enferment dans des petites boîtes. Ils s’emprisonnent eux-mêmes dans des zoos. La famille, telle qu’elle est présente dans notre société. Plus ou moins dure, mais c’est la prison avec ses liens, ses règles, ses châtiments. L’État le sait, lui le geôlier suprême, le cerbère, que la société est une grande cabane.

Il faut inventer autre chose pour ne pas continuer le massacre, surtout celui des femmes et des petites filles. Mais c’est difficile d’imaginer autre chose que le couple, la famille. On a été élevés là-dedans, c’est très compliqué de s’en détacher et d’inventer une nouvelle façon de vivre. Surtout dans le système actuel. A la moindre suggestion, on se fait contrer ».

« Mais pourquoi ce pseudo besoin télécommandé par l’éducation, d’avoir un enfant ? Je ne veux pas de cette idée des autres dans mon ventre. On te viole le ventre avec ça. Comment veux-tu que les femmes puissent vivre leur sexualité ? Tout est faussé au départ depuis la nuit des temps. Je refuse qu’on dispose de mon corps par anticipation.

Avant d’avoir vécu leur sexualité, les femmes en connaissent la finalité avec la maternité. Comment veux-tu aimer les hommes après ? On ne m’a pas laissée les aimer, voilà ce que je dis ».

« Quand tu ne veux pas vivre comme tout le monde ou dans le genre « Ennuyée d’être seule », surtout si tu es bien physiquement, tu poses un problème. Un homme seul, on le plaindra. Une femme seule, non. On la suspectera plutôt d’avoir plein de défauts, de ceux qui rendent la vie impossible aux hommes. Et encore une fois, on dira : « Elle n’a pas su s’y prendre ». On sera même tout étonné que son « Chez elle » soit agréable. Parce qu’une femme seule doit être morose jusqu’à ce que le prince charmant arrive. A ce moment là, on arrange la maison, on fait le nid pour couver. A croire que, comme tu ne ponds pas, tu dois vivre désordonnée et attendre le moment où d’un coup de pénis magique, tout peut changer. Mais qu’a-t-il à me proposer ?

Pourquoi recommence-t-il à me raconter des fadaises et à me faire croire au coup de foudre ? Pourquoi tant de baratin ? J’ai envie de lui demander : « Pourquoi t’excites-tu ? Vois-tu comme je suis paisible. Allons, un peu de calme. Tu veux coucher ? Eh bien, ça se fera ».

Son baratin me fait peur, parce qu’il me fait croire au rêve, à celui de nos mères et de nos grand-mères. ON EST TOUJOURS CENDRILLON. ON N’A PAS TUE LE PRINCE CHARMANT ».

« ON NE PEUT PAS RENONCER TOUTE LA VIE A CE QU’ON EST. UN HOMME EN MOINS, CA FAIT SEULEMENT UN CHAGRIN D’AMOUR EN PLUS ».

« Je voulais que faire l’amour ne soit pas automatiquement la recherche d’orgasme mais la recherche d’une communication physique et intellectuelle.

Je voulais pouvoir toucher le corps qui m’attirait sans être engagée pour autant dans la voie qui me menait dans son lit et cependant y aller si je le désirais et si l’autre le désirait sans que cela soit considéré comme un acte grave, important, comme un engagement vis-à-vis de l’autre qui fait qu’il ou elle m’appartiendrait plus qu’avant.

Je voulais qu’il n’y ait plus cette enchaînement inéluctable : conversation-drague, épanchement sentimental, échange de chaleur corporelle chaste comme prendre la main ou embrasser la joue, caresses, orgasmes, et pouvoir faire halte à chacune de ces étapes sans avoir obligatoirement à toutes les parcourir. »

« Je pense qu’il faudrait avoir en face de soi des hommes qui soient suffisamment intelligents et honnêtes pour pouvoir leur demander ce que, à leur avis, ils croient nous apporter. Jusqu’à présent on n’a jamais osé leur poser la question. »

« Ce qu’il y a d’heureux dans mon existence, c’est que les séparations que j’ai vécues ont toujours été de mon fait. Même celles qui se sont passées dans le désespoir.

Je voulais vivre heureuse. Je ne voulais pas qu’on m’ennuie. OR, A UN MOMENT DONNE, JE RESSENTAIS LE COTE « RAS-LE-BOL » ET J’ESTIMAIS ALORS QU’IL FALLAIT QUE JE PRENNE MES DISTANCES ET QUE JE ME SÉPARE DE L’AUTRE. »

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« Fi, le modèle bourgeois de la femme émancipée qui a un travail, une maison, des enfants et qui, soit-disant, est libre, alors qu’en fait elle est trois fois plus esclave.

Fi, le mythe sacro-saint de la famille. Ce quotidien étouffant, encerclant, ne peut plus être le nôtre et goutte-à-goutte de fausse tendresse, car non libérée, nous a rendues trop longtemps malades pour qu’on continue à l’accepter. La bêtise ne vaincra pas. La foi et l’espoir sont de notre côté. Avec beaucoup de sagesse et de persévérance, nous briserons tous ces mythes qui jalonnent notre désert comme autant de points d’eau asséchés. Peut-être faudra-t-il trois, quatre générations ou plus, pour changer les modèles culturels et permettre qu’on explique le monde aux enfants d’une autre façon. Les schémas qui nous ont été donné sont extrêmement arbitraire. Il y en a d’autres, beaucoup d’autre ici, là-bas, ailleurs. Qui voyage avec les yeux ouverts et non en mouton de Panurge, hors de la vieille Europe, en est très vite conscient. A chaque culture, son ou ses modèles. Alors pourquoi celui-ci plutôt que celui-là ? Qui a le droit de nous imposer un seul et unique moule en confection toute faite ? Un tel système d’éducation qui robotise les gens, les dégrade. Et nous les remettons en question avec le simplicité et le courage que nous avons toujours eus. »

« A bout de couple » (Catherine CastRO… (pas CastOR (quoique) ! ;o))

•22/05/2012 • Laisser un commentaire

Belle découverte que cet ouvrage déniché en brocante et dont je n’avais jamais entendu parler. On regrette parfois quelques contradictions, une fin un peu trop bisounours à mon goût comme s’il était toujours bon (pour les ventes ?) de conclure par une note d’espoir frelaté, n’empêche que certains extraits que je vous livre ici m’ont parfois aidée à mettre les mots sur de vieux ressentis et à aller plus loin dans mon émancipation personnelle (mais pas que !).

« Le couple est la plus sournoise des catastrophes qui frappent l’humanité depuis la nuit des temps. Des générations entières sont foutues à cause de ces paires soudées par le mensonge et l’inconscience. Des milliards d’êtres humains ont été bousillés. Les livres de psys devraient être interdits car ils entretiennent l’illusion »

« Une femme libérée des obligations conjugales n’est jamais perçue comme une femme libre. C’est une mal-baisée, une emmerdeuse ou un mauvais coup, ce qui revient un peu au même. Elle est libre, quel scandale, quel problème ! Pour les autres d’abord, et surtout pour elle-même. »

« Aussi longtemps que nous confierons à un homme la responsabilité de notre bonheur, nous collectionnerons les histoires d’amour merdiques. Tant qu’ils auront sur nous pouvoir de vie et de mort sociale, nous serons des moitiés de femmes. Nous méritons d’être entières. Tant que nous ne nous estimerons pas responsables de notre peau, nous prendrons des coups. Soyons indépendantes. Pour de vrai. Si les femmes, toutes, entendaient en boucle que la vie hors du couple vaut d’être vécue, comme elles entendent en boucle le discours inverse, peut-être que la violence conjugale diminuerait. Peut-être qu’elles se tireraient la tête haute, au lieu de rester et de se mépriser. On peut toujours rêver… »

« Je différais tant que possible l’heure de la rupture, tellement une souffrance diluée me semblait préférable à la brutalité du vide ».

« Que deviendrait le petit théâtre du couple sans spectateurs ? Et vas-y que je te colle amoureusement, non sans vérifier l’effet produit sur la copine. L’orgueil ignare de la femme casée, son minable petit pouvoir normatif m’atterrent ».

« Le pire, ce sont les insanités débitées à plusieurs milliers d’exemplaires qui confortent les femmes dans leur vénération du couple. On cherche à nous convaincre que c’est vital ».

« Comment ne pas tomber dans le piège ? Sur le papier, l’idée crémeuse d’une vie à deux, exclusive, familiale, amoureuse, érotique, joyeuse, éternelle a tout pour séduire. A l’instar des mères africaines qui mutilent leurs filles au nom de la tradition, nous sommes les premières à défendre la conjugalité, une institution pavée de désastres. Nul besoin d’être expert pour juger suspecte une telle unanimité. Le couple ne souffre d’aucune critique. Bizarre, non ? »

Mais aussi, ce témoignage ô combien criant de triste vérité :

« Je hais le mot couple et pourtant, combien de fois en voyage dans une ville ou un pays inconnu pour mon travail, j’ai compris dans ma peau, dans mes cheveux, dans mon dos, ce que signifie « ne pas être en couple », cette expression censée constituer une identité. J’ai beau me croire libérée, indépendante, féministe, dans ces circonstances, j’ai supporté sans bravoure la désapprobation, oui je le dis, j’ai eu honte, tellement mon sentiment d’illégitimité était criant.

Quand en reportage, après un combat intérieur inavouable, je m’inflige une incursion dans un restaurant local, je me fais l’effet de la tache d’encre sur un chemisier blanc. J’ai beau jouer dans ces pages la révolte contre une figure sociale imposée, je suis comme les autres, dans de telles circonstances, réduite à la condition proprement désespérante de « femme seule », jetée comme une erreur au milieu d’un parterre de paires, dévisagée comme une faute de goût notoire.

Quand on ne me prend pas pour une pute, comme cela m’est arrivé plusieurs fois en Chine ou en Inde. Résultat, le lendemain, je me terre dans ma chambre d’hôtel en compagnie d’un club-sandwich et de TV5, ne répondant pas aux coups frappés le soir à ma porte.

Voilà ce que ça produit, l’idéologie du couple obligatoire. Les femmes seules sont perçues soit comme des pauvres filles, soit comme des salopes. Et nul besoin de passer les frontières pour faire figure d’outrage à la morale publique ».