« C’est comme ça, on n’y peut rien… »

D. était l’une de ces personnes que j’avais tendance à apprécier pour sa gentillesse. En effet, elle se montrait souvent attentionnée et n’était pas du genre à s’occuper de ce qui ne la regarde pas ou à faire des histoires pour des riens. Oh, je dois bien avouer que lorsque nous sortions du cinéma ou d’un spectacle quelconque le fait de ne pas pouvoir échanger nos idées sur ce que nous avions vu me laissait un peu sur ma faim. Ceci dit, je l’acceptais comme elle était et m’estimais déjà bien heureuse de pouvoir connaître une personne aussi aimable.

Un jour que nous revenions de dîner chez l’une de ses connaissances, je me mis à lui faire remarquer que le soi disant chef de maison n’avait pas bougé le petit doigt, et que j’avais trouvé choquant qu’elle s’active alors qu’il se prélassait, d’un air goguenard. Son « mais noooooon » doucereux me fit culpabiliser et j’eus alors l’impression d’avoir été indélicate. De ce fait je me tus, n’aimant guère contrarier les gens, surtout lorsque je les trouve sympathiques.

Quelques mois plus tard, j’aperçus cette même connaissance en ville le visage tuméfié. Un peu honteuse, elle fit comme si elle ne me connaissait ou reconnaissait pas (c’est du moins ce qui m’a semblé), et gênée, je fis donc de même. Sous le choc plusieurs jours durant, je me mis alors à en parler à D. ce à quoi elle me répondit, visiblement gênée : « Ah, elle s’est disputée avec son mari ». Étonnée d’imaginer une femme si douce et effacée se disputer avec cet homme qui semblait déjà bien la dominer je laissai alors couler. Certains soirs, lorsque je songeais à nouveau au sentiment de pitié que j’avais ressenti à la vue cette femme, quelque chose d’étrange et de malsain planait à la surface de mes pensées, mais ne sachant quoi faire et qu’en penser, moi, la jeune inexpérimentée du couple, je repensai alors à D. qui n’aurait pas été contente que j’embête un peu trop le monde avec mes constats critiques et mêle-tout, et finissais par me laisser envahir par d’autres sujets.

Un jour D. m’apprit la mort de cette personne dont je peine encore à me souvenir le nom. Selon ses dires, au cours d’une dispute un peu trop violente, sa tête avait heurté le sol puis une hémorragie s’ensuivit. Elle me racontait ça d’une manière neutre, pas froidement, non… Mais un peu comme si c’était inscrit d’emblée dans je ne sais quelle destinée à la noix et qu’en quelque sorte il n’y aurait rien eu à faire. Horrifiée, je me mis à lancer tout de go que nous aurions peut-être pu réagir, lui parler, l’aider à s’en sortir ce à quoi elle me répondit, laconique :

« Sans doute n’avait-elle pas fait les bons choix ».

J’aurais pu reparler des heures de cette notion de choix souvent tronquée par les aléas de la vie mais une fois de plus, nimbée dans ma lâcheté je me tus. Ceci dit, je ne revis plus jamais D….

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~ par chaminou sur 26/02/2013.

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